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La scène augmentée
Jeu de l'acteur, pratiques de création et modes de transmission

Présentation du projet

Depuis une vingtaine d'années, l'apport des nouvelles technologies a modifié en profondeur la scène théâtrale. Dans le côtoiement des corps de chair avec des corps synthétiques ou hybrides, dans le déferlement de pratiques transdisciplinaires et transmédiales, qu’en est-il de l’acteur, du metteur en scène et du formateur, les trois figures héritées de l’histoire de la mise en scène moderne ? Comment se transforment leurs techniques et leurs modalités de travail ? Comment sont-ils formés ? Quelle est leur place dans la société? 

 

L’originalité de ce projet consiste à adopter le point de vue des artistes du champ théâtral en liant l’observation de leurs pratiques à la saisie de leurs témoignages et en les impliquant dans une réflexion et une expérimentation collectives. Nous interrogerons les esthétiques, les processus de créations, la manière dont les artistes s’approprient les outils technologiques, considèrent leur travail et conçoivent leurs œuvres. Qu’en est-il de l’acteur, du metteur en scène et du formateur, les trois figures héritées de l’histoire de la mise en scène moderne, dans le cadre d’une scène augmentée par les dispositifs technologiques ? En se situant dans une perspective historique, le projet lie plusieurs temporalités : les expériences numériques actuelles, leurs antécédents analogiques et les visions prospectives. La recherche sera articulée en trois volets :

 

1. Acteur en jeu (coordinatrice : J. Féral)
Quelles techniques de jeu ces nouvelles modalités scéniques imposent-elles aux performeurs ? Comment les esthétiques nouvelles qui dérivent de ces mutations conjuguent-elles la juxtaposition du charnel et du virtuel ? Comment se déploie, dans ce contexte, la présence du performeur ? Comment se gère son énergie ? Sa voix ? Son rapport à l’espace, au temps, au mouvement ? Nous étudions les formes d’interaction entre l’acteur et les technologies sur la scène (écrans, caméras, micros) afin de montrer en quoi ces interférences altèrent l’art de dire et bouleversent les théories du jeu. L'acteur se voit contraint de développer des stratégies inédites, qui conduisent à un jeu souple naviguant entre présence réelle et présence médiatisée. Les collaborateurs, devenus indispensables, se trouvent au cœur de ce travail de création, au même titre que le metteur en scène lui-même, amené à développer des talents de vidéaste, voire de cinéaste.

 

2. Pratiques de création (coord. : E. Magris)
Comment des artistes nés dans le contexte d’usage quotidien de nouvelles technologies de l’information et de la communication s’emparent-ils de ces techniques ? Depuis une quinzaine d’années, non seulement les dispositifs technologiques intègrent-ils les créations scéniques, mais aussi, phénomène peu exploré, nombre d’artistes actifs dans le milieu du théâtre élargissent de manière systématique leur champ de création par un usage des terrains numériques qui structure leur imaginaire. Ces artistes travaillent à des projets composites (spectacles, installations, vidéo, concerts, publications, sites Internet, etc.), transfèrent l’événement théâtral dans d’autres médias, ou encore s’inspirent, comme dans le cas des feuilletons théâtraux, de formats audiovisuels (voir Rimini Protokoll, She She Pop, Berlin, Gob Squad, Hotel Moderne, Motus). Se transforment ainsi les relations des artistes avec les institutions et avec les publics. Nous recueillerons un corpus de ces pratiques, repérerons des tendances, et analyserons les conditions matérielles de production, les spécificités esthétiques et les contextes de réception. Nous étudierons aussi les antécédents analogiques des pratiques théâtrales augmentées à travers l’exploration des archives de la BnF Arts du Spectacle, 
partenaire du projet.

 

3. Formation et transmission (coord. : R. Doyon, G. Gagneré)
Confrontées à des élèves natifs numériques, comment réagissent les écoles de formation? Comment micros, caméras et écrans, s’ils sont présents dans les lieux de formation, modifient-ils l’apprentissage du jeu, les possibilités d’un corps ou d’une voix amenés à être amplifiés ou détaillés ? Comment les techniques scéniques qui troublent les habitudes perceptives des spectateurs, qu’elles soient visuelles, auditives ou kinesthésiques (loin/ proche, dehors/ dedans) contribuent-elles à former les futurs acteurs et concepteurs ? En France, si les formations aux arts contemporains, en musique, en son, et à l’audiovisuel, intègrent les nouvelles technologies depuis longtemps, les écoles de théâtre nationales ne se sont que récemment ouvertes à ces approches. Nous interrogerons leur place dans les formations et leurs retombées éventuelles sur les pratiques des artistes tant en France, grâce au partenariat avec le CNSAD, et en Europe, qu’aux Etats-Unis ou au Canada.

 

 

Ainsi structuré, le projet mettra à jour les questionnements multiples concernant les esthétiques, les techniques, les savoirs, mais aussi les enjeux socio-économiques et politiques du champ théâtral dans le contexte médiatique actuel. 

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